L’univers livresque
de Thomas Lepeltier
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Compte rendu du livre :
 
L’épouvantail néolibéral, un mal très français,
de Guillaume Bazot,
Puf, 2022.

Le mot « néo-libéralisme » sert souvent de repoussoir. Il est en effet couramment utilisé pour disqualifier une politique économique censée déstructurer les rapports sociaux, aggraver les inégalités et favoriser les riches. En quelque sorte, les néo-libéraux seraient les méchants de notre monde moderne. Pourtant, peut-on vraiment considérer que l’économie qui domine actuellement au niveau international relève du néo-libéralisme ? Puis, cette économie est-elle vraiment responsable d’une régression économique et sociale de nos sociétés ? Pour l’économiste Guillaume Bazot, ce n’est pas le cas. Selon lui, l’accusation de néo-libéralisme relève en grande partie du fantasme et les maux que l’on impute à l’économie actuelle ne correspondent pas à la réalité. À l’encontre de nombreux discours politiques, il estime en effet que les indicateurs économiques, une fois bien analysés, montrent que la situation sociale française depuis 50 ans, comme celle d’une bonne partie du reste du monde, ne présente aucune détérioration, au contraire.

Chiffres à l’appui, il montre ainsi que, depuis 1970, en France, le niveau de vie de la classe moyenne a augmenté à un rythme supérieur à celui de la croissance du revenu national. Il n’y a donc pas, comme on l’entend souvent, une paupérisation de la classe moyenne au profit d’une élite économique. De même, les conditions de vie des plus pauvres s’améliorent et les inégalités diminuent. Par ailleurs, les dépenses sociales de l’État n’ont cessé de croître. Quant à la part du capital dans les revenus, elle est globalement identique à celle qu’elle était il y a cinquante ans ; de quoi contredire l’idée que les « forces obscures » de la finance captent de plus en plus les richesses. Il faut donc avoir l’imagination développée pour penser vivre dans un système néo-libéral où l’État se serait désengagé de la société, au profit des ultra-riches.

Ce livre n’est pas pour autant un plaidoyer pour un supposé libéralisme effréné auquel nous serions soumis, car il reconnaît les bénéfices de l’intervention de l’État en matière de redistribution des richesses. Son « objectif est d’apporter un peu de nuance aux discours manichéens ne produisant qu’intolérance, inefficacité et défiance ». Qui irait se plaindre d’un peu de pondération dans les débats politiques ?

Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines, 360, juillet 2023.


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