La justice climatique, c’est un peu la quadrature du cercle. L’augmentation globale des températures va avoir des effets délétères sur de nombreuses populations. Il faut agir vite, disent les experts. La responsabilité de ce changement climatique revient principalement aux pays développés, alors que ses premières victimes seront les populations les plus démunies. Un principe fondamental de justice étant qu’il ne faut pas nuire à autrui, on pourrait penser qu’il incombe en priorité aux pays riches de prendre des mesures pour limiter leurs rejets de gaz à effet de serre et, éventuellement, de compenser les pays pauvres pour les dommages subis. Mais, ici, aucun rejet en particulier ne cause de nuisance à lui tout seul : c’est un phénomène cumulatif, d’origine collective. Ensuite, les effets négatifs du réchauffement peuvent se produire un peu partout, même chez ceux qui en sont les premiers responsables. Enfin, certains effets n’apparaîtront pas avant des générations. Dans ces conditions, comment s’entendre sur des mesures à la fois contraignantes et équitables ?
C’est la question dont se saisit le philosophe Michel Bourban dans ce livre. Son mérite est d’offrir une clarification conceptuelle des enjeux de cette justice climatique et d’exposer les difficultés de sa mise en place. À ce propos, il ne croit pas que les États répondront uniquement à des principes de justice. Les responsabilités du réchauffement sont trop diluées et beaucoup d’effets néfastes trop lointains pour que ces principes suffisent à les faire agir. Il se méfie aussi de la géoingénierie, trop imprévisible à ses yeux. Mais il subodore que l’imminence de certaines conséquences graves et la mise en place de mécanismes économiques incitatifs pourraient décider les États à prendre des mesures significatives. Encore faut-il, ajoute ce philosophe, que la société civile les y pousse. C’est l’espoir qu’il formule. La démarche est louable mais on peut se demander si les difficultés à appliquer une justice climatique ne soulignent pas la fragilité de cette notion…
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
308, novembre 2018.
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