À la gauche de l’échiquier politique, beaucoup en appellent à taxer les transactions financières. Cette taxation, dont la célèbre taxe Tobin – jamais appliquée – ne concerne que les opérations de change, apparaît comme un moyen facile et efficace de stabilisation des marchés, de redistribution des richesses et de renflouement des caisses de l’État. Mais elle est aussi très critiquée. Cette taxation pourrait entraîner des délocalisations vers d’autres places financières. Elle pourrait pénaliser l’investissement. Et les recettes fiscales générées pourraient être bien moindres qu’anticipé. Bref, cette taxation risquerait d’être contre-productive. Mais, comme l’explique l’économiste Gunther Capelle-Blancard dans ce petit livre, la plupart de ses partisans et adversaires se trompent. Il rappelle notamment que, sous des formes diverses, elle existe déjà dans de nombreux pays. Si c’était la panacée, on le saurait. En même temps, elle n’a pas empêché des grandes places financières de se développer, à l’instar de celle de Londres ou de Hong Kong.
Cela étant dit, Capelle-Blancard se montre quand même favorable à son élargissement. Même si, comme il le montre, il ne faut pas trop en attendre, elle peut néanmoins rapporter des revenus non négligeables aux États. Puis, études empiriques à l’appui, il soutient qu’elle pourrait stabiliser les marchés, sans nuire à leur efficience, notamment en limitant le trading haute fréquence, où c’est moins l’échange d’information que la vitesse d’exécution qui compte. De la même manière qu’une bonne régulation du trafic autoroutier favorise la circulation, la généralisation de cette taxation et son renforcement permettraient de réduire une part de la spéculation dont l’utilité est douteuse. Il demeure toutefois à trouver la bonne manière de l’appliquer. Quel périmètre, quelle assiette, quel taux ? Aux yeux de Capelle-Blancard, c’est ce débat qui est vraiment intéressant. Le reste relèverait un peu de la posture politique sans grand intérêt. À nous donc de nous plonger dans cette technicité.
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
375, février 2025.
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