L’univers livresque
de Thomas Lepeltier
caplan-the-case-against-education
Compte rendu du livre :
 
The Case Against Education.
Why the Education System is a Waste of Time and Money,
de Bryan Caplan,
Princeton University Press, 2018.

Une grande partie de l’éducation serait une perte de temps et d’argent. C’est du moins ce que soutient le professeur d’économie Bryan Caplan dans ce livre iconoclaste. L’idée a tout d’une hérésie tant il est d’usage de considérer que l’éducation est non seulement une source d’enrichissement personnel, mais également nécessaire à l’exercice d’un emploi qualifié. Pourtant, selon Caplan, cette conception de l’éducation n’est pas corroborée par les données empiriques. Bien sûr, pour certaines professions, il est nécessaire de recevoir une formation, parfois très poussée. Il est ainsi heureux que personne ne puisse s’improviser médecin. Il est également important que la population d’un pays sache à la fois bien écrire et bien compter. Mais combien d’étudiants ayant eu des cours de chimie, d’histoire, de mathématiques, de sociologie et ainsi de suite, se souviennent et se servent par la suite de ce qu’ils ont peiné à apprendre ? Très peu, répond Caplan. À quoi donc ont servi toutes leurs années d’université, voire d’école ?

Du point de vue des étudiants, la réponse est simple. Les employeurs embauchent davantage et avec un meilleur salaire les diplômés que ceux qui ne le sont pas. L’éducation est donc un bon investissement. Mais quid des employeurs ? Selon Caplan, dans la plupart des cas, ils ne paieraient pas les diplômés pour les connaissances que ces derniers sont censés avoir acquises et qui, de toute façon, ne leur serviront pas, mais pour des caractéristiques préexistantes que leur diplôme permettrait de révéler. Ainsi, pour Caplan, en dehors des formations strictement professionnelles, l’éducation sert principalement à certifier aux possibles employeurs l’intelligence, l’éthique de travail et le caractère conformiste des diplômés – en d’autres termes, les diplômes servent à signaler les qualités d’un bon employé. L’éducation n’en reste pas moins inefficace, rigide et coûteuse au regard de cet objectif.

Pour étayer sa thèse, Caplan s’appuie sur une vaste documentation. Par exemple, il montre à coup d’enquêtes non seulement que les professionnels ont oublié la plupart du contenu de leurs études, mais que – contrairement à ce qui est souvent avancé – ils se montrent aussi incapables d’utiliser, dans le contexte du travail, les méthodes qu’ils ont apprises. La thèse selon laquelle les études, quelle que soit la matière, servent à apprendre à travailler dans des environnements différents est donc battue en brèche. Caplan montre également que l’augmentation du nombre moyen d’années d’études dans un pays n’a pratiquement aucun effet sur son développement économique. L’idée qu’il est important d’augmenter le nombre de jeunes entrant à l’université est donc, là aussi, mise à mal. D’ailleurs, les étudiants sont implicitement conscients de l’inutilité de leur formation si on en juge par la façon dont ils se réjouissent de l’absence d’un professeur ou de l’allègement d’un programme. Seule compte l’obtention d’un bout de papier qui signalera leur employabilité. Cette course au diplôme pour le diplôme, outre son coût pour les finances publiques, a malheureusement le défaut de maintenir dans des positions professionnelles subalternes, souvent à vie, ceux qui n’en ont pas ou qui en ont seulement de moins bons. En ce sens, l’éducation fermerait autant de portes qu’elle en ouvrirait. Face à cet injuste jeu de dupes, Caplan propose de réduire fortement son financement pour développer l’enseignement professionnel, plus formateur et plus équitable. En somme, il préconise moins d’éducation pour plus de justice. Cela mérite une discussion…

Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines, 329, octobre 2020.


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