La question du végétarisme n’est pas nouvelle. Comme nous le raconte l’historienne Valérie Chansigaud, dès l’Antiquité, des penseurs, philosophes, théologiens, poètes, savants et simples citoyens ont refusé de manger des animaux. Cette abstinence a pu être motivée par des raisons religieuses, sanitaires ou éthiques. Elle a, la plupart du temps, dérangé les consommateurs de viande ; d’où, en réaction, les moqueries auxquelles ont toujours été soumis les végétariens. En même temps, la consommation de viande est rarement allée de soi pour l’ensemble des sociétés, comme en témoigne le grand nombre des règles et interdits la concernant. Notre époque se caractérise toutefois davantage par l’augmentation de sa consommation que par le développement du végétarisme. Il faut dire que c’est au prix d’une invisibilisation des processus d’élevage et de mise à mort des animaux. Bien qu’omniprésente dans notre alimentation, la viande n’est donc pas encore un aliment anodin.
Face à ce paradoxe, l’auteure en vient à se demander si nous mangerons encore de la viande demain. Elle liste plusieurs raisons pour que nos contemporains arrêtent d’en manger. D’abord, le niveau actuel de consommation ne peut pas se justifier par la tradition, car elle était beaucoup moins importante dans le passé. Ensuite, cette consommation n’est plus un marqueur social servant à se distinguer, au contraire. Elle va à l’encontre de nos intérêts sanitaires et environnementaux. Elle est mise à mal par des arguments éthiques de plus en plus consensuels. Enfin, elle est concurrencée par le développement de substituts. Pourtant, Chansigaud constate que le combat en faveur du végétarisme « entamé depuis si longtemps, avec une argumentation riche, sophistiquée et convaincante » n’a produit que « des résultats […] mitigés ». La seule explication qu’elle esquisse pour expliquer cet échec est que la consommation de viande jouerait un rôle important dans l’affirmation de notre identité. Difficile donc de prévoir quand et même si un jour elle s’arrêtera.
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
369, juin 2024.
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