L’univers livresque
de Thomas Lepeltier
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Compte rendu du livre :
 
Un empire bon marché.
Histoire et économie politique de la colonisation française, 19e-21e siècle,
de Denis Cogneau,
Éditions du Seuil, 2023.

On entend souvent dire que la France a pillé ses colonies pour s’enrichir. Est-ce vrai ? En 1984, l’historien Jacques Marseille publiait Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce. Il y soutenait que le colonialisme n’avait pas vraiment contribué à l’enrichissement de la métropole. Certes, certains individus et certaines entreprises avaient prospéré grâce aux colonies mais, globalement, l’économie française avait très peu tiré de bénéfices de ses territoires exotiques. Il contestait même la thèse que les colonies offraient un marché sur mesure aux industriels français. Surtout, il avançait que les colonies avaient beaucoup coûté à l’État français, de sorte que la décolonisation n’avait causé aucun dommage à l’économie de la métropole et qu’elle avait même permis sa modernisation. Mais, pour l’économiste Denis Cogneau, les conclusions de Jacques Marseille doivent être corrigées. Il ne va pas jusqu’à revenir à la thèse du pillage, mais il soutient que les colonies n’ont pas été, sur le plan économique, une mauvaise affaire.

Pour Cogneau, la colonisation aurait en effet peu coûté à la métropole. Selon lui, le fonctionnement des territoires sous tutelle était principalement financé par les impôts prélevés sur les autochtones colonisés. D’une certaine manière, les colonisés finançaient donc leur propre domination. Entre 1833 et 1939, la domination coloniale n’aurait d’ailleurs « coûté au contribuable métropolitain que 0,5 % du revenu national, en moyenne et annuellement ». Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que « la volonté de s’accrocher à l’empire colonial a […] fini par coûter cher », notamment avec les dépenses militaires. À cette époque, « l’empire coûte 3 % de son revenu au contribuable français ». Dès lors, « les indépendances conduiront à une économie substantielle ». L’empire colonial a quand même permis l’enrichissement de certains commerçants, industriels et colons. C’est donc le contribuable français qui, même si ce n’était pas beaucoup, « a payé pour ces catégories privilégiées, en finançant l’entreprise coloniale ». En retour, il n’aurait été rétribué que symboliquement, avec « la bonne conscience illusoire d’une “mission civilisatrice” ». En somme, un empire pas cher, mais vain et cruel.

Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines, 359, juin 2023.


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