L’univers livresque
de Thomas Lepeltier
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Compte rendu du livre :
 
Automation and Utopia.
Human Flourishing in a World without Work,
de John Danaher,
Harvard University Press, 2019.

La fin du travail serait imminente : remplacés par des automates, la plupart des humains n’auront bientôt plus à travailler. Les usines du futur tourneront grâce à des armées de robots infatigables ; les hôpitaux reposeront en grande partie sur l’intelligence artificielle pour diagnostiquer les patients ; les transports seront assurés par des véhicules autonomes ; les métiers de services seront effectués par des systèmes experts ; et ainsi de suite. Cette perspective effraie souvent nos contemporains. Ils ont peur que cet avènement des machines non seulement entraine un chômage massif, mais conduise également à une déshumanisation de la société. Ce n’est pourtant pas l’avis de John Danaher. À l’encontre de ce pronostic tout en noirceur, ce professeur de droit à la National University of Ireland voit au contraire cette civilisation des machines comme une opportunité. Après tout, le travail n’est-il pas une source de désagrément, voire de souffrance pour la plupart des gens ? Nous devrions donc être contents d’entrevoir sa disparition prochaine. Puis, vivre dans un monde façonné par nos artéfacts n’est-il pas propice à nous apporter davantage de satisfactions ?

Bien sûr, il ne faut pas être naïf. La robotisation de la civilisation peut nous entrainer vers des écueils, sociaux et existentiels. Danaher en est conscient. Mais il commence par faire remarquer que le risque d’inégalités criantes, souvent brandi comme un repoussoir de l’automatisation des métiers, ne lui est pas inhérent. D’ailleurs, si le travail réduisait les inégalités, il y a longtemps qu’elles auraient dû disparaître ! Danaher défend donc l’idée que l’avènement des machines peut très bien s’accompagner d’une juste redistribution des richesses produites. Puis, il montre que toutes les valeurs positives que l’on associe au travail – apprentissage d’un savoir faire, satisfaction à contribuer au bon fonctionnement de la société, développement de relations humaines, acquisition d’un statut – peuvent se retrouver dans de multiples activités sans cette contrainte d’avoir à gagner sa vie. Enfin et surtout, il réhabilite les activités ludiques, notamment celles qui nous font entrer dans des mondes virtuels. Très souvent, l’idée que nous devenions des êtres oisifs passant leur temps à jouer sur des consoles d’ordinateurs est vue avec dédain et tristesse. Mais c’est oublier, objecte Danaher, que nous nous façonnons et épanouissons déjà au contact de mondes virtuels, à commencer par ceux élaborés dans les livres. Or la civilisation des machines peut nous donner le temps et les moyens d’inventer et d’explorer des réalités virtuelles plus captivantes que toutes celles que nous avons connues jusqu’ici. On aurait donc tort d’appréhender ce futur. Il faut juste qu’il n’y ait pas, entre-temps, de couacs climatiques ou économiques…

Thomas Lepeltier,
La Recherche, 556, février 2020.


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