La France a aboli l’esclavage en 1794, pour le rétablir en 1802 et l’abolir à nouveau en 1848. Avant cela, il avait été aboli à Saint-Domingue en 1793 suite à la révolte des esclaves. L’Angleterre, quant à elle, l’a aboli en 1833, après avoir interdit la traite négrière en 1807. Pour les États-Unis, il faut attendre 1865. Avec son abolition au Brésil en 1888, l’esclavage lié à la traite transatlantique prend fin. Il a donc fallu environ un siècle de mouvements abolitionnistes pour mettre un terme à cette abomination. Pour Marcel Dorigny, qui en raconte ici les grandes étapes, cette émancipation procède de plusieurs facteurs. Il y a bien sûr le développement des idéaux de justice au siècle des Lumières. Si l’esclavage avait été critiqué avant cette époque, son abolition avait très rarement été réclamée. Mais, à la fin du XVIIIe siècle, l’idée qu’il peut et doit être aboli se répand chez les esprits éclairés.
Cette prise de conscience n’aurait toutefois pas été aussi forte sans les révoltes récurrentes des esclaves qui, par leur résistance, signifiaient bien l’injustice de leur sort. Ces rébellions eurent aussi pour effet d’entretenir un sentiment d’insécurité chez les propriétaires d’esclaves qui pouvaient dès lors mieux réaliser la fragilité de ce système d’exploitation. Enfin, le développement du salariat dans les pays européens et la mutation du commerce international (en particulier pour l’Angleterre qui se tournait davantage vers l’Inde) permirent de mieux concevoir un monde sans esclavage. Le mouvement abolitionniste était toutefois tiraillé entre ceux qui réclamaient une abolition immédiate et ceux qui pensaient que, en avançant par étape, l’esclavage allait disparaître de lui-même. Bien sûr, l’abolition ne s’est pas produite d’un coup, mais les mesures intermédiaires (en particulier l’abolition de la traite) ne l’ont nullement affaibli. Pour y mettre un terme, il a fallu la détermination des abolitionnistes « radicaux » et la persistance des mouvements de révolte. Reste à savoir si on peut faire de cette histoire une source d’inspiration pour de futures causes…
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
307, octobre 2018.
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