L’univers livresque
de Thomas Lepeltier
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Compte rendu du livre :
 
What We Owe to Future People.
A Contractualist Account of Intergenerational Ethics,
de Elizabeth Finneron-Burns,
Oxford University Press, 2024.

À l’échelle de la société, devrait-on tout faire pour améliorer la qualité de vie des générations présentes, sans nous soucier des générations futures ? Ou devrait-on, au contraire, fournir des efforts, voire faire des sacrifices pour assurer la qualité de vie de nos descendants plus ou moins lointains ? Spontanément, la plupart des gens choisissent la deuxième option. Mais les philosophes ont du mal à justifier cette réponse, en raison d’un célèbre argument développé par Derek Parfit, dans Les Raisons et les Personnes (1984). L’argument rappelle que l’identité des personnes qui existeront dans le futur dépend des décisions que l’on prend aujourd’hui. Or, tant que la vie vaut la peine d’être vécue, nul n’est censé se plaindre d’un choix duquel il doit son existence. Aucune personne future ne pourra donc dire que sa vie a été rendue pire par la décision qui a été prise, puisque cette personne n’existerait pas sans cette décision.

Pour réfuter cet argument contre-intuitif, la philosophe Elizabeth Finneron-Burns se tourne vers le contractualisme. Cette doctrine établit ses jugements moraux en se demandant à quel type d’accord aboutiraient des personnes, qu’elles existent ou non, qui chercheraient un consensus. L’auteure estime alors que l’on peut rejeter une décision, même si personne n’est affecté par cette dernière. Le souci envers les générations futures semble garanti. Mais il conduit à une sorte de paradoxe : d’un côté, notre obligation envers les générations futures pourrait nous pousser à continuer à procréer pour garantir leur existence mais, d’un autre côté, elle pourrait nous amener à ne pas les faire naître du tout, pour les soustraire à d’inévitables souffrances. Au bout du compte, la même doctrine qui soutient que nous devons nous soucier des générations futures ne s’oppose pas à l’extinction de l’humanité. Avant de parler de notre devoir envers les générations futures, il vaut donc mieux réfléchir à deux fois. C’est bien le mérite de ce livre d’illustrer cette complexité.

Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines, 376, mars 2025.


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