De nos jours, on pense souvent que l’humanité n’aurait pris conscience que récemment de sa capacité à modifier le climat. Pourtant, comme le montre ce livre, depuis le xve siècle, les sociétés européennes ont presque toujours été persuadées qu’elles pouvaient l’influencer. Les savants européens se sont ainsi très tôt intéressés à la façon dont, par exemple, déboiser et assécher des marais modifiaient le cycle de l’eau et donc le climat. Cette préoccupation se comprend dans la mesure où ce dernier joue un rôle crucial dans une société agraire. Les sécheresses, les inondations et les mauvaises récoltes, avec le spectre de l’émeute qui pouvait en résulter, étaient donc des questions très politiques, qui méritaient une attention toute particulière. Ce savoir fut même mobilisé lors de la conquête de l’Amérique par les conquistadors, qui pensaient que le défrichement et la mise en culture des terres conquises amélioraient la situation climatique et justifiaient la colonisation.
En outre, le changement climatique était déjà appréhendé à l’échelle de la planète. La peur d’un refroidissement climatique global hantait en effet les esprits. On étudiait donc l’évolution des glaciers ou de la couverture forestière pour en saisir le rythme. Mais si le déboisement a été perçu comme une façon d’améliorer le climat au début des temps modernes, la perspective se renverse au xviiie siècles. Désormais, l’impératif est de préserver les forêts. Sachant que, à l’époque, le bois est utilisé partout (pour se chauffer, pour la marine, etc.), la gestion des forêts devient ainsi un sujet politiquement très sensible pendant plus d’un siècle. Cela dit, le spectre d’un effondrement climatique se dissipe finalement vers la fin du xixe siècle quand les progrès des transports et de l’agriculture éloignent les risquent de disette. Les soubresauts du climat devenant moins dangereux, on commence à oublier que les activités humaines peuvent l’affecter, jusqu’au retour de bâton actuel. Au moins, avec ce livre, on peut maintenant prendre du recul sur cette importante préoccupation environnementale.
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
333, février 2021.
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