L’humanité se trouverait à un moment charnière de son existence. C’est du moins ce que soutient le paléontologue Henry Gee, dans The Decline and Fall of the Human Empire. Selon lui, elle serait en effet condamnée à disparaître d’ici environ 10 000 ans. Non par un cataclysme soudain, mais par un lent déclin déjà amorcé. Depuis qu’Homo sapiens est devenu la seule espèce humaine sur Terre, elle a atteint un pic d’expansion écologique et démographique. Or, dans l’histoire de la vie, même les espèces sans rivales finissent souvent par décliner : privées de compétition, elles cessent d’évoluer et deviennent vulnérables. En ce qui concerne l’humanité, la dégradation de son environnement, la baisse importante de sa natalité et sa faible variabilité génétique seraient les signes de cette vulnérabilité. Son extinction prochaine serait donc fort probable.
Mais tout n’est pas perdu. Selon Gee, l’humanité pourrait retarder sa fin, peut-être de plusieurs millions d’années, en colonisant l’espace. Non pour y reproduire la civilisation terrestre, mais pour y relancer la dynamique évolutive. En isolant de larges populations sur la Lune, sur Mars ou dans de gigantesques structures interplanétaires, de nouvelles espèces humaines, adaptées à des milieux inédits, pourraient émerger. Ce ne serait pas la survie d’Homo sapiens en tant que tel, mais sa transformation.
Encore faut-il agir vite. Coloniser l’espace exige des technologies inédites : écosystèmes artificiels, propulsion interplanétaire, génie génétique... Mais l’innovation dépend du nombre : plus il y a de cerveaux, plus il y a d’idées. Une population nombreuse, instruite et interconnectée est la condition du progrès technique. Or, aujourd’hui, la population mondiale vieillit et amorce son déclin. Si nous attendons trop, le vivier humain nécessaire à ces avancées se tarira. D’ici deux siècles, prévient Gee, il sera trop tard : non par manque de ressources, mais faute d’innovateurs. Le destin spatial de l’humanité – ou de ce qui lui succédera – se jouerait donc maintenant.
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
382, octobre 2025.
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