Trouver un critère de démarcation entre les sciences et les pseudosciences – par exemple, entre l’astrophysique et l’astrologie – est un véritable casse-tête. Il existe bien des propositions, dont la plus célèbre est celle du philosophe Karl Popper, qui disait que, pour être scientifique, une théorie devait être réfutable. Le problème est que ce critère, comme les autres, ne marche pas. Une des raisons est qu’il oblige à considérer comme scientifiques, puisqu’elles ont été réfutées, des doctrines qui ont tendance à être perçues comme pseudoscientifiques. Une façon de sortir de cette impasse est d’avancer que cette recherche d’un critère de démarcation est un faux problème. Il n’y aurait pas, d’un côté, les sciences et, d’un autre, les pseudosciences : il y aurait simplement des théories qui fonctionnent relativement bien et d’autres non. Aussi intéressante soit-elle, cette approche a toutefois le défaut de frustrer ceux qui souhaitent jeter les pseudosciences dans les oubliettes de l’histoire. Mais, pour le philosophe Michael Gordin, ce souhait est vain. Selon lui, il n’y a en effet pas de science sans pseudoscience.
Dans ce livre, qui mélange réflexions épistémologiques et analyses historiques de disciplines taxées de pseudoscientifiques, il répartit ces dernières en quatre grandes catégories. Il y a les doctrines dépassées, comme l’alchimie ; les doctrines hyperpolitisées, comme le lyssenkisme ; les doctrines d’opposition, comme le créationnisme ; enfin, les doctrines qui en appelle à des pouvoirs extraordinaires de l’esprit, comme la télépathie. Inutile de croire, avance-t-il, qu’il suffit d’informer les adeptes de ces doctrines sur leurs insuffisances pour qu’ils les abandonnent. La raison est que la démarche scientifique invite elle-même à adopter un regard critique sur les théories établies et sur les supposées réfutations des autres théories. Quand la science affirme, elle rencontrera donc toujours sur son chemin des personnes, plus ou moins rigoureuses, qui contesteront ses affirmations. Dès lors, les pseudosciences, conclut l’auteur, ne peuvent pas disparaître sans entraîner les sciences elles-mêmes dans leur disparition. On ne peut pas souhaiter que le savoir relève de la critique sans qu’il soit lui-même critiqué.
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
347, mai 2022.
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