Bientôt, on ne fera plus de bébé en ayant des relations sexuelles. D’ici quelques décennies, on assistera en effet à une généralisation de la technologie permettant aux futurs parents de passer par une clinique pour concevoir sans ébats un enfant dont ils choisiront le sexe, la couleur des yeux et quelques autres traits. C’est en tout cas la thèse que défend le juriste Henry Greely dans ce livre présentant les avancées médicales qui permettront cette révolution et les raisons qui pousseront les citoyens des pays riches à recourir à cette technologie.
Depuis plus de vingt-cinq ans déjà, des diagnostiques préimplantatoires sont pratiqués. Ils consistent à retirer quelques cellules d’un embryon vieux de trois à cinq jours et à effectuer dessus des tests génétiques. En fonction des résultats, l’embryon peut ensuite être transféré dans l’utérus de la mère avec l’espoir qu’il devienne un bébé. Chaque année, plusieurs milliers de naissances relèvent de cette procédure. Mais la technique présente trois difficultés. D’abord, le séquençage du génome de cellules humaines coûte cher. Ensuite, seule une poignée de caractéristiques génétiques sont analysées. Enfin, l’obtention de l’ovule pour la fertilisation in vitro, nécessaire à la pratique de ce diagnostique, est délicate (récupérer le sperme du père est beaucoup plus facile). Or ces trois problèmes sont en passe d’être résolus. Le prix du séquençage du génome diminue très rapidement chaque année. Les informations obtenues à partir de ce séquençage sont de plus en plus riches. Enfin, le recours aux cellules souches permet de ne plus avoir à retirer un ovule à la mère : il suffit de prendre des cellules de peau et de les transformer en ovules (et en spermatozoïdes, si on veut). Les diagnostiques préimplantatoires seront donc bientôt faciles à réaliser et peu coûteux.
Dans quelques années, un couple qui voudra un enfant ira donc dans une clinique pour y laisser du sperme et des cellules de peau, voire uniquement des cellules de peau. Une semaine plus tard, il recevra des informations génétiques sur une centaine d’embryons créés à partir de leurs cellules. Le couple sélectionnera alors celui qui présentera le moins de risques de maladie et les traits qui répondent le plus à leurs désirs, en particulier son sexe. L’embryon choisi sera enfin implanté dans l’utérus de la mère. Un enfant naîtra neuf mois plus tard sans qu’un rapport sexuel ait été à l’origine de sa conception.
Ce scénario est-il réaliste ? Pour l’auteur, incontestablement. D’abord, sur un plan technique, on en est tout proche. On n’est pas ici dans les spéculations sur la fabrication de supers bébés. Il est juste question d’améliorer des techniques déjà opérantes et d’en réduire le coût. Ensuite, il semble que beaucoup de parents soient prêts à recourir à une technologie qui leur éviterait de mettre au monde un enfant ayant une grave maladie génétique. Les systèmes de santé gagneraient aussi à ne plus avoir à prendre en charge des enfants nés avec de lourds problèmes médicaux. De même, les cliniques privées, y voyant un moyen de faire de l’argent, n’hésiteront pas à en faire la promotion. Quant aux gouvernements, certains hésiteront à interférer avec ce qui relève d’un choix parental. Bien sûr, la pratique mettra plus de temps à s’imposer dans certains pays. Mais plus son coût baissera, plus les gouvernements réticents auront du mal à résister à la demande de leurs citoyens. Demain, il se peut donc fort bien que le sexe ne serve plus qu’à s’amuser !
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
284, août-septembre 2016.
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