L’univers livresque
de Thomas Lepeltier
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Compte rendu du livre :
 
Dialogue entre un carnivore et un végétarien,
de Michael Huemer,
Albin Michel, 2020.

Faut-il arrêter de manger de la viande ? De nos jours, impossible d’échapper au débat sur le végétarisme. Il existe des traités plus ou moins savants à ce sujet, mais ici le philosophe Michael Huemer a préféré adopter la forme du dialogue entre un végétarien et un omnivore pour l’aborder. Vous pourriez vous dire qu’il y a des questions plus importantes, comme l’avance le second, et ne pas être trop intéressé par cette discussion. Pourtant, comme le lui rétorque le végétarien, manger de la viande est probablement la chose la plus grave que l’on ferait dans notre vie. Il faut se représenter l’ampleur du phénomène. Plus de 70 milliards d’animaux sont tués chaque année dans les abattoirs du monde entier (sans compter les poissons). La quasi-totalité sont élevés de manière industrielle, sans voir la lumière du jour, sans espace pour se mouvoir, passant leur vie dans leurs déjections, etc. Les quelques vaches que l’on voit encore dans nos champs sont l’exception.

On peut bien sûr se dire que la souffrance des animaux compte moins que celle des humains. Mais difficile de dire qu’elle ne compte pour rien. L’actuelle consommation de viande est donc responsable d’une grande quantité de souffrance. Si l’omnivore veut bien le reconnaître, il persiste à ne pas voir le problème qu’il y aurait à tuer un animal sans le faire souffrir. Peut-être que c’est moralement légitime reconnaît à son tour le végétarien. C’est d’ailleurs une des questions les plus difficiles de l’éthique animale, ajoute-t-il. Il s’empresse toutefois de souligner que, dans le doute, il vaut mieux s’abstenir, puis rappelle que, pour que de la viande arrive sur nos assiettes, il est très difficile de ne pas faire souffrir des animaux. Il y a donc bien un problème moral puisque manger de la viande n’est pas nécessaire : c’est juste pour le plaisir ou par habitude qu’on le fait. L’omnivore n’a, pour autant, pas dit son dernier mot. Du coup, la discussion se poursuit. Ainsi, par ces échanges très vivants, Huemer offre une image roborative de l’état des débats éthiques sur le végétarisme. Après, à chacun de se décider.

Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines, 335, avril 2021.


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