Face à la violence et à la misère dans le monde, la communauté internationale essaye de s’organiser. Sous l’égide de l’Onu, elle a ainsi défini en 2001, et adopté quatre ans plus tard, une « responsabilité de protéger (R2P) » les populations civiles victimes d’exactions diverses (crime de guerre, nettoyage ethnique, crime contre l’humanité, génocide). Cette doctrine engage les États à ne plus être des spectateurs passifs de la violence en les incitant à intervenir dans des conflits tout en contraignant leurs moyens d’action. À mi-chemin entre l’inaction et l’ingérence, la R2P relève ainsi d’un entre-deux très délicat qu’analyse le politologue Jean-Baptiste Jeangène Vilmer dans ce livre.
Bien qu’elle ne se réduise pas à l’intervention militaire, la R2P est une doctrine qui essuie beaucoup de critiques. On lui reproche souvent d’être contre-productive ou encore d’être une forme de néo-colonialisme. Par exemple, certains estiment que l’intervention en Libye de 2011, entreprise au nom de la R2P, a révélé son ambiguïté et ses effets pervers. Mais, dépassant toute polémique stérile, l’auteur montre que ce n’est pas cette doctrine qui est en cause dans l’échec relatif de cette intervention. Les responsabilités sont plutôt du côté du manque de préparation des intervenants à la gestion de l’après-conflit.
D’ailleurs, l’auteur constate que, depuis cette intervention en Libye, la R2P est de plus en plus invoquée tant elle répond à un besoin crucial de nos jours. Mais il rappelle qu’elle reste un simple appel politique. Elle ne constitue en rien une obligation d’intervenir pour prévenir ou mettre fin à des exactions. Elle est donc tributaire de la volonté politique des États. Ce qui est, d’une certaine manière, sa principale faiblesse. En tout cas, en décortiquant avec précision les débats juridiques et les discussions diplomatiques que suscite cette doctrine, l’auteur nous permet de mieux comprendre à la fois les modalités d’action des gouvernements face à des conflits meurtriers et l’évolution historique de cet « interventionnisme ».
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
279, mars 2016.
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