Affublé ou non du préfixe néo, le libéralisme est souvent accusé de favoriser l’égoïsme, de creuser les inégalités, d’être obnubilé par la recherche du profit et d’entraîner la destruction de l’environnement. D’où la tentation récurrente de certains d’y mettre un terme. Mais, selon l’économiste Alexis Karklins-Marchay, les restrictions plus ou moins importantes du libre-échange que proposent ses contempteurs sont loin d’apporter les bénéfices du libéralisme. Pour autant, sensible aux critiques qui lui sont adressées, il reconnaît que le libéralisme incarné par des penseurs comme Friedrich Hayek et Milton Friedman, avec sa valorisation du laissez-faire, n’est pas optimal pour le bien-être de la population. Aussi nous invite-t-il à redécouvrir une autre forme de libéralisme, l’ordolibéralisme, incarné par des penseurs comme Walter Eucken et Wilhelm Röpke, qui fait une place importante à la solidarité, à la sobriété et, d’une manière générale, au sens de la mesure.
Le libéralisme, tel que défini par Adam Smith au 18e siècle, se fonde sur l’intérêt individuel des travailleurs, la division du travail et la libre coordination des agents économiques (c’est la célèbre « main invisible »). Comme tout libéralisme, l’ordolibéralisme se méfie donc de l’interventionnisme de l’État en matière économique, rejette toute fixation des prix, refuse le protectionnisme et défend la libre concurrence des acteurs privés. Mais il s’oppose au laissez-faire dans la mesure où ce dernier conduit à une concentration des pouvoirs économiques qui nuit justement à la concurrence. Pour la même raison, il est favorable à une redistribution des revenus par le biais d’un impôt progressif, en veillant toutefois à ce que celui-ci n’affaiblisse pas l’efficacité de l’économie de marché. Et plutôt que d’encourager en permanence la consommation, il souligne les vertus de l’épargne. En somme, l’ordolibéralisme est pour un État stratège qui favorise l’activité économique tout en étant garant de son caractère équitable et pérenne.
Les mérites de cet ordolibéralisme peuvent bien sûr être discutés. Mais, au moins, par la présentation à la fois historique et analytique qu’il en fait, l’auteur montre que le libéralisme ne se résume pas à la caricature qu’en font souvent ses adversaires
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Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
358, mai 2023.
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