Compte rendu du livre :
Il était sept fois la révolution.
Albert Einstein et les autres…,d'Étienne Klein,
Flammarion, 2005.Y a-t-il un profil-type du génie en science ? Ou, dit autrement, y a-t-il un type de personnalité qui prédisposerait à la créativité en matière scientifique ? La réponse semble être négative. Dans une saisissante galerie de portraits, Étienne Klein présente ainsi sept grands physiciens du début du XXe siècle aux caractères totalement différents. Le choix de ces physiciens se justifie par la diversité des profils et le rôle fondamental qu'ils ont tous joué dans l'émergence de la physique de l'infiniment petit. Ces « conquérants du minuscule » ont pour noms Paul Dirac, Paul Ehrenfest, Albert Einstein, George Gamow, Ettore Majorana, Wolfgang Pauli, Erwin Schrödinger.
Les contrastes de personnalité sont frappants. Dirac, le découvreur de l'anti-matière, était un mutique, austère, uniquement épris de beauté mathématique. Ehrenfest, qui contribua à éclairer de nombreux aspects de physique statistique, était modeste et torturé ; succombant à sa mélancolie, il se suicida à l'âge de 53 ans. Einstein, loin d'être le savant épris d'abstraction que l'on dépeint souvent, était un physicien préoccupé par des problèmes concrets. Gamow, un des précurseurs de la physique nucléaire, était un joyeux luron, farceur invétéré. Majorana, qui conçut une théorie des anti-particules différente de celle de Dirac, apparaît comme un personnage pirandellien qui, un beau jour, disparaît en mer. Pauli, qui imagina l'existence d'une nouvelle particule, le neutrino, découverte 25 ans plus tard, et contribua à expliquer la structure des atomes, était débonnaire, gourmand, aimant la vie et la boisson, et s'adonnait à la psychanalyse. Schrödinger, l'inventeur de l'équation qui porte son nom, était un séducteur, coureur de jupons, et un passionné de philosophie.
Autant de personnalités variées, autant de destins différents que Klein restitue ici de manière vivante en essayant de montrer comment « la boussole intérieure de ces hommes, leurs penchants personnels ont […] marqué profondément leur trajectoire scientifique ». D'où il ressort qu'il n'existerait pas, au plan psychologique, ce qu'on appelle « l'esprit scientifique ».Thomas Lepeltier, Sciences Humaines, 162, juillet 2005.
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