La liberté d’expression est un des principes fondamentaux des démocraties modernes. Pourtant, en France, il est interdit de tenir des propos racistes (loi Pleven, de 1972) et de contester l’extermination des Juifs durant la Seconde guerre mondiale (loi Gayssot, de 1990). Comment justifier cette apparente contradiction ? C’est le défi que se lance Ulysse Korolitski dans ce livre. Par une analyse minutieuse des débats au sujet de ces lois, il commence par montrer qu’elles n’ont pas reçu de justifications satisfaisantes. Mais il n’estime pas pour autant qu’elles sont injustifiables. Aussi, dans la deuxième partie de l’ouvrage, tente-il de leur trouver un fondement plus solide.
Comme on ne peut réprimer une opinion en tant que telle, les législateurs ont pensé que l’on pouvait condamner le racisme pour les effets nocifs qu’il induit. L’ennui est qu’il est difficile d’établir un lien de causalité directe entre des propos racistes et des actes criminels qui pourraient être commis ultérieurement. Le problème s’aggrave avec le négationnisme, qui relève du jugement historique. Comment prouver qu’il entraîne des actes illicites ? Mettre en avant sa fausseté n’apporte rien. En démocratie, on a le droit de se tromper.
Pour pallier ces failles du droit, l’auteur avance que la justification de ces lois doit s’appuyer sur les notions de présomption et d’acte de parole. Il serait ainsi possible de condamner l’expression du racisme en présumant qu’il entraîne des actes graves. C’est d’ailleurs cette gravité qui motiverait une telle présomption. Quant au négationnisme, il ne serait plus condamné pour sa fausseté, puisque la loi ne peut statuer sur la vérité historique, mais pour sa nocivité intrinsèque. La loi décréterait que la parole qui nie l’holocauste est néfaste pour la société.
L’auteur a-t-il atteint son objectif ? À chacun d’en décider. En tout cas, son livre constitue une très louable tentative de réduire l’une des contradictions les plus souvent relevées de notre démocratie. D’ailleurs, par la richesse de ses analyses, il est probablement appelé à devenir une référence sur le sujet.
Thomas Lepeltier, Sciences Humaines, 280, avril 2016.
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