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Compte rendu du livre :

Tous vulnérables ?
Le
care, les animaux et l'environnement,

de Sandra Laugier (éd.),

Payot & Rivages, 2012.

laugier

       En tout être, il y a des fragilités. Ce qu'on appelle « l'éthique du care », qui se caractérise par l'attention à autrui et la sollicitude, consiste à prendre en compte en priorité cette vulnérabilité. Au lieu de penser les individus comme des sujets autonomes, elle les appréhende donc à travers leurs faiblesses et dépendances. Apparue il y a quelques décennies, cette nouvelle éthique a bouleversé les approches conventionnelles de la morale. Si, dans un premier temps, elle a surtout servi à repenser la situation des femmes ou de certaines catégories socio-professionnelles, elle en est venue plus récemment à s'intéresser aux animaux non-humains et à l'environnement. Or, comme l'explicite très bien ce recueil de textes, la voici de nouveau en conflit avec d'autres approches.
       Prenons les animaux. Les conditions abominables dans lesquelles se trouvent les animaux de rente ont incité des défenseurs de la cause animale à inclure les bêtes, du moins certaines d'entre elles, dans la sphère du droit. Pour justifier cette inclusion, des philosophes ont avancé que tout être capable de souffrir et d'avoir des intérêts devait être considéré comme un sujet moral. Allant plus loin, d'autres ont avancé qu'il suffisait d'être en vie pour avoir des droits. Or les théoriciens du care contestent l'idée qu'il faille chercher de nouveaux critères abstraits pour fonder une éthique animale. Si la barbarie, affirment-ils, est apparue en érigeant des barrières entre ceux qui ont droit et ceux qui n'ont pas droit à des considérations morales, ce n'est pas en déplaçant ces barrières qu'on supprime la cause du problème. C'est pourquoi les théoriciens du care estiment que l'éthique animale doit simplement encourager la sollicitude envers les animaux qui nous entourent.
       Le risque d'une telle approche est une indifférence au sort des animaux avec lesquels nous ne sommes pas en relation. On pourrait ainsi prendre soin de son chien, mais ne pas se soucier du cochon à l'abattoir. Bien sûr, arguments à l'appui, les partisans du care s'en défendent. Qu'on les trouve convaincants ou pas, ils engagent en tout cas un débat nécessaire avec tous ceux qui prétendent se soucier des animaux (et de l'environnement).

Thomas Lepeltier, Sciences Humaines, 241, octobre 2012.

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Autres livres à signaler :

— Fabienne Brugère, L'éthique du care, 2011.

— Pascale Molinier, Sandra Laugier et Patricia Paperman (eds), Qu'est-ce que le care ?, 2009.

— Carol Gilligan, Une voix différente. Pour une éthique du care, 2008.