Que va-t-il rester de l’humain à l’heure du transhumanisme ? Personne n’ignore les espoirs et les craintes que font naître les avancées des biotechnologies. D’un côté, on se réjouit des progrès qu’elles vont permettre de réaliser sur le plan médical. D’un autre côté, beaucoup craignent qu’elles ne soient utilisées pour transformer la nature humaine. Autrement dit, s’il est question de vivre un peu plus longtemps en bonne santé, tout le monde est d’accord. En revanche, dès que l’on parle de faire de l’humain un être bien plus performant et, éventuellement, capable d’échapper à sa condition de mortel, les inquiétudes apparaissent. Ne serait-ce pas aller trop loin ?
Dans ce livre, Thierry Magnin, prêtre et physicien, s’inscrit dans ce rapport ambivalent aux biotechnologies et, s’il se félicite donc de certains progrès en ce domaine, cherche néanmoins à montrer que les visées du transhumanisme sont délétères. Selon lui, l’erreur principale de ce courant de pensée est de concevoir le corps humain comme une somme de fonctions dont on pourrait sans restreinte augmenter les performances. Or cette volonté de libérer l’humain de ses limites physiques et cognitives reviendrait à oublier que la valeur de l’existence passe par la reconnaissance de sa fragilité, de sa vulnérabilité et de sa mortalité. À trop vouloir améliorer la condition humaine, on nierait ainsi ce qui en fait le prix.
Si cette critique du transhumanisme est nourrie par les réflexions théologiques de l’auteur, force est de constater qu’elle rejoint les reproches qui lui sont adressés au nom de l’humanisme. Derrière ces différentes formes d’anti-transhumanisme, on retrouve en effet le même souci de préserver l’humain plus ou moins en l’état. Pourtant, ne pourrait-on pas dire que l’humain se caractérise par le désir de dépasser ses propres limites ? Puis, quand bien même les humains seraient amenés à évoluer à coups de biotechnologie, ne seraient-ils pas toujours confrontés à certaines limites ? La condition transhumaine ne serait donc peut-être pas si catastrophique que cela…
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
294, juillet 2017.
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