L’univers livresque
de Thomas Lepeltier
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Compte rendu du livre :
 
La Part sauvage du monde
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Penser la nature dans l’Anthropocène,
de Virginie Maris,
Éditions du Seuil, 2018.

L’idée qu’il existe encore une nature sauvage est une illusion. Non seulement les humains ont, depuis longtemps, eu un impact substantiel sur la plupart des territoires qui nous semblent encore vierges (par la chasse ou la déforestation, par exemple) mais, à l’ère de l’Anthropocène, il n’y a pas une région de la planète soustraite à leur influence, ne serait-ce que par les effets du réchauffement climatique. Cela dit, abandonner la vision romantique d’une nature encore sauvage ne doit pas empêcher de s’interroger sur notre relation avec des territoires qui gardent une certaine forme d’autonomie par rapport aux activités humaines. Doit-on, comme certains l’avancent, accompagner la transformation anthropique de ces lieux et les contrôler, voire les modeler suivant des finalités à définir ? Ou faut-il, comme l’avance ici la philosophe Virginie Maris, tenter de préserver, si ce n’est revivifier, la part sauvage restante de ces territoires ?

Si l’auteure récuse le projet d’une « domestication » du monde, c’est principalement parce qu’il en viendrait à réduire « l’altérité véritable qui caractérise le monde sauvage ». À l’heure où de très nombreux espaces naturels disparaissent, il lui paraît en effet important de préserver des lieux où la nature s’affiche dans ce qu’elle a de différent de nous. Cette démarche de préservation de la nature ne consiste pas à vouloir la figer, par esprit de conservatisme. L’auteur avance juste qu’il faut la laisser évoluer suivant ses propres modalités. Ce serait d’ailleurs le seul moyen de connaître ce qui nous distingue de cette part sauvage du monde. La démarche est donc empreinte d’humilité et de respect envers cette nature qui n’est pas encore apprivoisée.

Si cette approche peut séduire une opinion publique qui pleure la disparition du monde sauvage – tout en y participant ! –, on regrettera toutefois que l’auteure ne discute pas plus en détails des mérites de l’interventionnisme qu’elle rejette. Après tout, même ce qui est encore sauvage pourrait bénéficier d’un coup de main pour mieux s’épanouir…

Thomas Lepeltier, décembre 2018.


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