Compte rendu du livre :
Machiavel, la politique et l'histoire.
Enjeux philosophiques,de Thierry Ménissier,
PUF (Fondements de la politique), 2001.Il fut un temps où l'histoire faisait l'apologie du passé pour éduquer et même édifier. Comme le disait Pétrarque : « Qu'est-ce que l'histoire si ce n'est la louange de Rome ? » Un tel éloge devait en effet inciter les lecteurs à imiter le comportement exemplaire des personnages historiques. L'objectif que se fixait l'histoire était donc autant prescriptive que descriptive. Pour que l'imitation soit possible, il fallait juste que soit assumé la permanence de la nature humaine, et donc l'identité des situations politiques passées et présentes.
Cette conception de l'histoire, courante de l'Antiquité jusqu'au XVIIe siècle, voire jusqu'au XVIIIe siècle, se retrouve explicitement chez Machiavel qui se tournait vers les Grecs et les Romains afin de comprendre les causes des vicissitudes de son époque. Mais cette conception était travaillée par une tension, qui allait elle aussi se retrouver chez le Florentin, entre l'idée de répétition et celle d'innovation, ou pour le dire autrement entre l'idée de permanence et celle de devenir. En effet, tout historien confronté à l'activité politique, et donc aux conséquences réfléchies de l'activité humaine, se heurtait à l'idée d'un possible devenir humain. Aussi n'est-il pas étonnant, comme le souligne ici Thierry Ménissier à l'encontre d'une thèse répandue, de trouver chez les historiens grecs et romains l'idée de l'homme comme être historique et changeant. Toutefois, à la différence des Modernes, l'histoire n'était pas conçue comme un processus orienté.
Une fois analysé cette spécificité de l'historiographie antique, l'auteur essaye de montrer que l'œuvre de Machiavel, soumise à la même tension, pouvait être jusqu'à un certain point fidèle à la conception antique de l'histoire tout en défendant en même temps un message révolutionnaire sur le plan de la morale. Considérant que rien n'était plus important que l'avenir de sa Cité, Machiavel pouvait en effet faire référence au passé pour valoriser l'image d'un homme qui « vivrait la responsabilité politique de manière complètement affranchie de la culpabilité » et il pouvait ainsi chercher « à libérer les passions de la tutelle imposée par les idées chrétienne et humaniste ». Bref, avec Machiavel, l'œuvre d'édification de l'histoire devait servir au renversement de toutes les valeurs.Thomas Lepeltier, Sciences Humaines, 130, août-septembre 2002.
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