L’univers livresque
de Thomas Lepeltier
morizot-diplomates-loups
Compte rendu du livre :
 
Les Diplomates
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Cohabiter avec les loups
sur une autre carte du vivant
,
de Baptiste Morizot,
Éditons Wildproject, 2016.

Les loups défraient souvent la chronique. Décriés par les éleveurs, vénérés par les amoureux de la nature, ils se retrouvent régulièrement au centre d’âpres controverses. Faut-il les laisser en paix ? Ou bien doit-on les faire disparaître de nos campagnes et montagnes ? Le moins que l’on puisse dire est que, à ce jour, aucune entente n’existe entre ceux qui les voient comme des animaux nuisibles et ceux qui veulent sanctuariser leur présence. Aussi, pour le philosophe Baptiste Morizot, est-il urgent de sortir de cette alternative qui oppose éradication et sacralisation.

Au-delà de son désir de trouver un accord entre les parties en présence, Morizot part du constat que l’usage de la force s’avère contreproductif. De fait, tuer des loups entraîne une fragmentation des meutes qui ne peuvent plus chasser efficacement une faune sauvage vigoureuse et qui, pour cette raison, se rabattent sur les troupeaux domestiques. Du coup, pour trouver une façon de cohabiter avec les loups au bénéfice de tous, Morizot propose d’établir avec eux des relations diplomatiques (d’où le titre du livre). L’idée pourrait surprendre. Mais, tout compte fait, pour qu’il y ait négociation, il suffit que l’interlocuteur « soit social, territorial, intelligent. Il n’est même pas nécessaire qu’il veuille négocier. Il suffit qu’il sache recevoir des messages ». Or les loups répondent à ces caractéristiques. On peut ainsi, pour donner un exemple, dissuader une meute de s’aventurer dans des pâturages en déployant d’invisibles frontières d’odeurs mimant la présence d’une meute rivale.

En approfondissant cette notion de diplomatie lupine et en proposant des stratégies concrètes pour une meilleure cohabitation avec les loups, ce livre vient incontestablement enrichir ce nouveau courant de pensée qui développe une réflexion politique incluant les animaux. On regrettera juste que l’auteur n’ait pas cherché à appréhender les proies des loups également comme des partenaires politiques. Les modalités de la cohabitation envisagée auraient peut-être été différentes…

Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines, 288, janvier.


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