Compte rendu du livre :
La Modernité manquée du structuralisme,
de Maxime Parodi,
PUF (Sociologies), 2004.Les structuralistes auraient eu « tout faux ». Quant à leur succès des années 60 et 70, ils l'auraient obtenu auprès d'un public qui n'avait pas les compétences pour percevoir les faiblesses de leur approche. Telles sont — en substance — les deux thèses que défend Maxime Parodi dans ce livre. Le propos est argumenté, parfois pertinent, mais manque de pondération. Que le structuralisme se soit par moments fourvoyé dans ses méthodes et qu'il ait abouti à des impasses théoriques fait peu de doute. Qu'il ait suscité plus d'engouement à l'extérieur qu'à l'intérieur du monde universitaire n'est pas contestable. Que son projet de refondation des sciences sociales ait échoué est, là aussi, une évidence. Mais tous ces échecs font-ils du structuralisme une entreprise vaine ?
Pour faire simple, être structuraliste c'est tenter d'expliquer les mythes, l'organisation des sociétés, les œuvres littéraires, etc., en dehors de toute référence à un sujet autonome, responsable de ses actes. À cela, il faudrait ajouter pour certains structuralistes l'ambition de reconstruire les sciences humaines sur le modèle des sciences de la nature. Mais en dehors de ce « fonds commun », les structuralistes — dont les représentants les plus connus sont Louis Althusser, Roland Barthes, Michel Foucault, Jacques Lacan et Claude Lévi-Strauss — ne se sont jamais entendus sur une méthode précise, ni n'ont systématiquement poursuivi leur projet. Ce qui explique que ce dernier ne se soit jamais transformé en véritable programme de recherche.
Selon Maxime Parodi, cette « faillite » provient directement de l'impossibilité qu'il y aurait à rendre compte de l'émergence de structures à partir de processus sans sujet. Son argumentation fait tout l'intérêt du livre. Faut-il pour autant le suivre quand il prône de façon inconditionnelle le retour du sujet au cœur des sciences humaines ? Il est vrai que la modernité aime à se représenter comme l'avènement du sujet autonome. Mais le mérite du structuralisme est justement d'avoir adopté une posture critique sur ce point. C'est une leçon qu'il faut certainement retenir.Thomas Lepeltier, Sciences Humaines, 156, janvier 2005.
Pour acheter ce livre : Amazon.fr
![]()