L’idée que nos sociétés modernes devraient opter pour la décroissance économique repose sur trois grands arguments. Il est impossible de diminuer les émissions de gaz à effet de serre sans réduire l’activité économique. Le caractère limité des ressources terrestres implique que l’économie, qui repose sur leur exploitation, ne peut croître indéfiniment. Enfin, la recherche permanente de la croissance serait néfaste au bien-être humain, ne serait-ce que d’un point de vue psychologique (par exemple, savoir se contenter de peu serait plus satisfaisant que vouloir toujours plus). Pourtant, l’idée est loin de convaincre tout le monde, en particulier la plupart des dirigeants politiques et des chefs d’entreprises. Globalement, nous vivons encore dans le paradigme de la croissance, vue comme le meilleur moyen de garantir un minimum de qualité de vie à nos concitoyens.
C’est dans ce contexte que l’économiste Timothée Parrique publie cet essai engagé en faveur de la décroissance. L’argumentation est classique. Critique du PIB, comme indicateur de la santé économique d’un pays. Déconstruction de l’idée qu’il puisse y avoir un découplage entre l’activité économique et les impacts environnementaux. Analyse des contraintes sociétales et humaines, comme la durée finie de la journée, qui empêchent une croissance continue. Dénonciation des limites de la croissance, notamment son incapacité à résorber la pauvreté et les inégalités. Puis, après cette partie sur les inconvénients de la croissance, l’auteur évoque les mesures à prendre pour entrer en décroissance (comme imposer la réduction de certaines productions et restreindre la consommation). Enfin, il présente ce que pourrait être une société post-croissance, fondée sur une économie stationnaire.
La démarche est louable. Mais l’auteur ne semble pas mesurer l’effort qu’il lui reste à faire pour convaincre les acteurs économiques du bien-fondé de ses idées. Par exemple, croit-il vraiment que proposer aux entreprises de ne plus chercher à faire du profit soit à même de les rassurer ? Ce qui fait de ce livre un curieux mélange d’analyses pertinentes des limites du modèle économique actuellement dominant et de propositions trop déconnectées du monde du travail pour être crédibles.
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
355, février 2023.
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