De nombreux discours écologistes soutiennent l’idée que tout impact de l’humanité sur l’environnement est, en soi, un problème. Construire des maisons, tracer des routes, bâtir des usines et, d’une manière générale, empiéter sur les espaces naturels seraient autant de pratiques condamnables. Bien sûr, certains écologistes reconnaissent que l’on aurait maintenant du mal à se passer de ces constructions. Mais ils le font en laissant quand même entendre que ces dernières auraient déséquilibré une nature harmonieuse. En développant un mode de vie plus confortable, l’humanité aurait même commis une sorte de péché. Pour expier ses fautes, elle devrait désormais, autant que possible, minimiser son impact sur l’environnement et même multiplier les espaces naturels où elle s’abstiendrait d’intervenir. Or, selon Philippe Pelletier, cette connotation religieuse des discours écologistes n’a rien de surprenant. Pour ce professeur émérite de géographie, l’écologie moderne trouve en effet ses racines dans le protestantisme et, plus précisément, dans le puritanisme.
En retraçant la pensée des grandes figures fondatrices de l’écologie, l’auteur dégage ainsi les liens plus ou moins directs qu’elles ont entretenu avec cette doctrine religieuse. C’est, par exemple, George Perkins Marsh, considéré comme un des pères fondateurs de l’écologie aux États-Unis, qui accuse les humains de ne pas respecter Dieu en détruisant les espaces naturels. C’est le poète et philosophe Henry David Thoreau qui développe un penchant pour la mystique au contact de la nature. C’est le naturaliste John Muir qui voit dans le monde sauvage une description du paradis. C’est la biologiste Rachel Carson qui accuse les humains de mener une guerre contre la nature et les appelle à se repentir. Et ainsi de suite. Bien sûr, de nos jours, les discours des écologistes se sont sécularisés. Mais, pour l’auteur, leur fidélité au schéma de pensée puritain débouche sur un paradoxe, à savoir celui qui consiste à placer les humains à l’extérieur de la nature tout en leur enjoignant de la respecter. Dans ce contexte, les humains sont toujours fautifs de crimes contre la nature dès qu’ils cherchent à se développer. Aussi l’auteur en appelle-t-il à « sortir de cette pression du puritanisme » pour retrouver un peu de liberté. Face au succès actuel des discours écologistes, il n’est pas sûr qu’il soit entendu…
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
347, mai 2022.
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