L’histoire des sciences, telle qu’elle nous est souvent racontée, est très européenne. Qui plus est, les Copernic, Galilée, Newton, Darwin, Einstein et autres grands savants sont présentés comme ayant fait progresser les sciences grâce à leur seul génie. Dans cette histoire, le reste du monde n’aurait donc joué aucun rôle. Mais, pour l’historien James Poskett, ce récit relève du mythe. Selon lui, l’avancement des sciences s’inscrit au contraire dans un jeu d’échanges, d’influences, de rivalités et de conflits entre différentes parties du monde.
C’est, par exemple, la découverte du nouveau monde à la fin du 15e siècle qui bouleverse le regard que les savants européens avaient des savoirs de l’Antiquité. C’est Copernic qui est très influencé par les idées en provenance du monde islamique. C’est Newton qui s’appuie sur des informations provenant « d’explorateurs et d’astronomes qui voyageaient à bord de bateaux négriers et de navires de commerce ». Puis, plus généralement, ce sont les explorateurs européens qui, pour contribuer au développement de la science dite européenne, « se sont sans cesse appuyés sur les connaissances des habitants de la région [qu’ils découvraient], qui possédaient pour la plupart une culture scientifique avancée ». D’ailleurs, à la fin du 18e siècle, « les naturalistes européens collectionnaient non seulement les plantes exotiques, mais aussi les livres étrangers ». Poskett montre également que la « science au 19e siècle était une entreprise industrielle » qui s’est mise en place dans un contexte de rivalités internationales entre pays des quatre coins du monde. Quant à la physique et à la biologie au 20e siècle, elles se sont aussi développées en connexion avec l’évolution de la politique internationale et doivent beaucoup à des savants provenant de multiples horizons.
Au bout du compte, ce livre est à la fois un plaidoyer pour l’histoire globale des sciences et un appel à analyser le développement scientifique actuel à travers le prisme des relations et des tensions internationales. Les deux recommandations seraient d’ailleurs liées car, selon l’auteur, « l’avenir de la science dépend de notre capacité à mieux comprendre son passé universel ».
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
356, mars 2023.
Pour acheter ce livre : Amazon.fr
ou Place
des libraires.