L’univers livresque
de Thomas Lepeltier
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Compte rendu du livre :
 
Aux origines de l’éthique environnementale.
Le dernier homme,
de Richard Routley,
PUF, 2019.

Confrontés à la disparition des espaces sauvages, beaucoup de nos contemporains expriment le vœu d’établir une nouvelle relation à la nature. Bien que vécue aujourd’hui comme une urgence, cette préoccupation n’est pas nouvelle. Dès les années 1970, des philosophes avaient essayé d’élaborer une éthique environnementale pour répondre à la destruction du monde naturel déjà en cours. Un des textes fondateurs de ce courant de pensée est celui de Richard Routley ici traduit. Ce dernier commence par critiquer trois conceptions traditionnelles du rapport à la nature où les humains se comportent soit en despotes (ils y font ce qu’ils veulent), soit en intendants (ils cherchent à l’entretenir), soit en coopérateurs (ils tentent de la perfectionner). Aucune ne lui semble compatible avec une véritable éthique environnementale car toutes impliquent une interférence avec la nature et servirait donc, in fine, les intérêts humains.

Pour montrer les limites de ces éthiques anthropocentrées, Routley développe ensuite le désormais célèbre « scénario du dernier homme » dans lequel, suite à un cataclysme mondial, le seul survivant aurait la possibilité d’éliminer ce qu’il reste d’animaux et de plantes. Selon ces éthiques, cette action serait moralement neutre puisqu’aucun humain ne serait lésé. Mais Routley avance que ce survivant agirait mal. Il imagine même une situation où un groupe de survivants devenus stériles (ce groupe n’aurait ainsi pas à se soucier des générations futures) détruirait toutes les ressources naturelles afin de maintenir son niveau de vie. Là encore, cette attitude lui paraît condamnable. Par ces expériences de pensée, Routley pense mettre en évidence la valeur intrinsèque de la nature et ainsi fonder l’éthique environnementale.

Pourtant, sa réprobation des actions de destruction ne repose que sur une intuition. Or toute éthique ne devrait-elle pas définir rationnellement ce qui est en soi à protéger ? Cinquante ans plus tard, l’éthique environnementale ne l’a toujours pas fait et ce manque explique peut-être pourquoi elle a encore du mal à déboucher sur un projet politique précis…

Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines, 321, janvier 2020.


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