Compte rendu du livre :
Chasing Doctor Dolittle .
Learning the language of animals,de Con Slobodchikoff,
St Martin’s Press, 2012.Les animaux se parlent entre eux. Il suffirait de savoir les écouter pour s’en rendre compte. C’est du moins ce qu’affirme dans ce livre l’éthologiste Con Slobodchikoff. Tout commence avec une série d’expériences novatrices au cours de laquelle ce chercheur a analysé en détail les cris d’alarme des chiens de prairies (petits rongeurs d’Amérique du Nord). Il a alors montré que ces animaux possèdent tout une gamme de cris selon le type, la couleur, la taille, la forme et la vitesse des menaces potentielles. Par exemple, un chien de prairie produit des sons différents pour signaler l’approche d’un aigle, d’un coyote, d’un chien ou d’une personne humaine. Il adapte même son signal en fonction de la taille, de la couleur et de la vitesse d’approche du prédateur. Ainsi, il ne produira pas les mêmes sons si vous vous approchez de son terrier vêtu d’un teeshirt jaune ou d’un teeshirt bleu.
Ces expériences n’ont pu être menées à bien que grâce à des systèmes d’enregistrement numériques où l’on peut facilement ralentir, accélérer et décomposer les sons émis par les animaux, puis les recomposer et les diffuser près des terriers afin d’en tester les effets. Or, avant ces expériences, personne ne s’était rendu compte que les chiens de prairie étaient capables d’émettre des signaux aussi complexes, constitués d’un registre relativement étendu de « mots » pouvant être associés différemment en fonction du message à transmettre. Pour Slobodchikoff, il faut donc en finir avec l’idée que les signaux émis par les animaux s’apparentent à des réflexes ou à des comportements instinctifs. Il faut au contraire y voir la marque d’un véritable langage, avec son vocabulaire et sa grammaire.
Cette thèse est relativement iconoclaste dans le monde des linguistes. Beaucoup de chercheurs sont en effet réticents à l’idée de reconnaître que les moyens de communication des animaux soient comparables au langage humain. Mais, pour Slobodchikoff, leur réticence s’apparente à l’attitude de ceux qui encore récemment voyaient, à tort, la culture ou l’usage des outils comme la marque distinctive des êtres humains. Fort de ses résultats expérimentaux, il estime donc qu’il est temps de ne plus concevoir de hiatus entre les êtres humains et les autres animaux sur le plan linguistique. Cela ne le conduit pas à penser que les animaux disposent de langages aussi sophistiqués que ceux des êtres humains. Mais la différence serait une question de degrés, pas de nature.
Un des problèmes de cette thèse est que l’on sait très mal déchiffrer les langages des animaux ou, pour faire écho au titre du livre, on n’a pas encore trouvé le « Docteur Dolittle », ce héros d’une série de livres pour la jeunesse qui a le pouvoir de parler avec les animaux. Les signaux des chauves souris, des baleines, des chimpanzés et d’autres animaux, que l’auteur évoque aussi dans le livre, restent encore très énigmatiques. Comme pour les chiens de prairie, il semblerait qu’ils disposent d’un vocabulaire et d’une grammaire rudimentaire. Mais, dans la plupart des cas, il est difficile de savoir ce qu’ils veulent dire. Impossible donc d’établir un « dictionnaire » pour dialoguer avec eux et prouver ainsi qu’ils possèdent bien une langue.
Cela dit, comme en témoignent les expériences de Slobodchikoff, il se pourrait que ce soit simplement parce qu’on n’a pas encore su les observer correctement. À défaut d’être fermement établie, la thèse de cet auteur est donc une très stimulante invitation à approfondir notre connaissance des animaux.Thomas Lepeltier, Sciences Humaines, 248, mai 2013.
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Autres livres à signaler :
— Holly Menino, Calls Beyond Our Hearing. Unlocking the Secrets of Animal Voices, St. Martin’s Press, 2012.
— Andrew R. Halloran, The Song of the Ape. Understanding the Languages of Chimpanzees, St. Martin’s Press, 2012.