À la fin des années 1960, l’entreprise Walt Disney lance un projet de construction d’une station de ski dans une vallée de Californie, célèbre pour ses séquoias. Une association de protection de la nature s’y oppose et engage une action en justice. En 1970, elle est déboutée au motif que ce ne sont pas ses membres qui sont menacés par le projet. Elle fait néanmoins appel. Avant qu’elle arrive devant la Cour suprême des États-Unis, un professeur de droit, Christopher Stone, a vent de l’affaire et rédige un article où il défend l’idée d’accorder des droits aux arbres et à toute entité naturelle. Un peu par hasard, l’article est lu par certains membres de la Cour suprême. En 1972, l’appel est quand même rejeté. Cela dit, l’article fait date. Il devient un des textes fondateurs de l’écologie dite profonde. D’où l’intérêt de voir cet article ici traduit, publié sous forme de livre et précédé d’une longue préface de la philosophe Catherine Larrère.
L’argument principal de C. Stone consiste à dire qu’il n’y a aucune raison de ne pas étendre l’attribution de droits au-delà du cercle de l’humanité. Certes, les arbres ne peuvent pas eux-mêmes plaider leur cause. Mais, comme C. Stone le fait remarquer, c’est aussi le cas de plein d’humains (enfants, handicapés, etc.). Il suffit de nommer des tuteurs capables de faire valoir leurs droits. On peut aussi objecter qu’il suffirait de mettre en avant les préjudices subis par les humains quand on détruit des arbres. Mais C. Stone soutient qu’attribuer des droits aux arbres est l’option la plus efficace pour les protéger. Enfin, on pourrait estimer que, pour se voir reconnaître des droits, il faudrait pouvoir exhiber des caractéristiques particulières. Non, répond C. Stone. Il n’est pas ici question de « droits naturels ». Sur un plan juridique, il suffit d’accorder des droits à une entité pour qu’elle ait des droits. Reste à savoir si, au-delà de la simple procédure juridique, l’attribution de droits aux arbres a vraiment un sens. C’est un débat toujours actif…
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
305, juillet 2018.
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