Compte rendu du livre :
Nihilisme et politique,
de Leo Strauss,
Traduit de l'anglais et présenté par Olivier Sedeyn,
Payot & Rivages (Bibliothèque Rivages), 2001.Existe-t-il un droit naturel, c'est-à-dire un droit qui transcende toutes les conventions particulières ? À cette question, les sciences sociales auraient tendance à répondre par la négative. L'histoire et l'ethnologie ne nous apprennent-elles pas qu'il existe ni droit universellement reconnu, ni principe immuable de justice ? Certains ajouteront que même la prétention délibérément universelle de la Déclaration des droits de l'homme est hypothéquée par son enracinement dans une époque et une société particulières. Nous vivons donc dans cette modernité paradoxale qui a certes vu émerger l'idée de droits de l'homme, mais qui en même temps entretient toute une pensée nourrie de relativisme qui en sape justement la portée universelle.
Pour Leo Strauss (1899-1973), cette situation serait inhérente à la philosophie moderne. En effet, depuis Machiavel, toute la philosophie politique conduirait vers l'historicisme et le positivisme juridique, rendant ainsi impossible toute réflexion sur le droit naturel. L'historicisme, dans sa prétention à dévoiler le caractère historique de toute pensée humaine, de toute vision du monde, y compris celles qui prétendent à l'universalité, détruirait tout effort fait en vue de dépasser le droit existant au nom du droit naturel. Le positivisme, en affirmant qu'il n'y a pas de droit au-delà de la loi, détruirait quant à lui toute distinction entre le fait et la valeur.
Or, pour qu'une véritable pensée politique soit possible, affirme Strauss, il faut que soit reconnue l'existence d'un décalage entre la société telle qu'elle est et la société telle qu'elle doit être ; décalage qui recouvre celui existant entre le droit positif et le droit naturel. D'où la conclusion fondamentale à laquelle il arrive : si la modernité est historiciste et positiviste, la seule chance de reconstruire une philosophie politique réside dans un retour vers la pensée antique, et en particulier vers Aristote.
C'est ce grand leitmotiv de sa pensée qu'il nous rappelle dans la deuxième partie de ce livre, qui reprend deux conférences qu'il a données en 1962. Et dans la première partie, qui reprend le texte d'une conférence donnée en 1941, Strauss — après avoir fui l'Allemagne — y défend l'idée que le nihilisme allemand, que l'on retrouve dans le nazisme, s'enracine dans un nihilisme européen propre, là aussi, à notre modernité...Thomas Lepeltier, Sciences Humaines, 122, décembre 2001.
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