Publié dans   

 

Compte rendu du livre :

Les Origines religieuses de la Révolution française, 1760-1791,

de Dale K. Van Kley,

Traduit de l'anglais par Alain Spiess,
Seuil (Points Histoire), 2006.

      Comment une Révolution française si violemment antireligieuse pourrait-elle avoir des origines religieuses ? Pour le comprendre, il faut remonter au temps des guerres de Religion. C'est l'époque où, pour s'élever au-dessus des luttes confessionnelles, la royauté renforça sa dimension sacrée et devint elle-même une sorte de religion. Mais, en tant que telle, la monarchie se retrouva confrontée à de nouvelles menaces : désormais tout débat sur des questions religieuses apparaissait ipso facto comme un défi politique, à l'exemple de ce qui allait se passer avec les jansénistes.
      Apparu au XVIIe siècle, le jansénisme est une sorte de catholicisme réformé qui considère, avec Saint Augustin, et à la différence des jésuites, que seule la grâce divine peut sauver l'homme, non ses bonnes actions. Qui plus est, le jansénisme refuse le pouvoir hiérarchique de l'Église et défend un « républicanisme » clérical. Louis XIV chercha à l'éradiquer et, après maintes tentatives infructueuses, finit par faire appel au Pape. Mais la condamnation pontificale (bulle Unigenitus, 1713) eut pour effet de radicaliser la contestation janséniste qui devint la principale menace — plus dangereuse que le mouvement philosophique — qu'eut à affronter la monarchie. Ayant des appuis dans les Parlements, une assise populaire, et disposant d'une publication clandestine très efficace, les jansénistes allaient contribuer à miner l'autorité sacrée de l'absolutisme royal et à politiser l'opinion publique.
      Voir les origines de la Révolution uniquement à travers ce prisme religieux serait toutefois téméraire. Que des révolutionnaires aient été inconsciemment portés par des controverses théologiques ou, plus simplement, que ces controverses aient préparé le terrain au déclenchement de la Révolution fait peu de doute, grâce à ce livre érudit et novateur. Mais cela ne rend pas caduque toute autre interprétation des origines de la Révolution, qu'elle soit culturelle, politique ou sociale.

Thomas Lepeltier, Sciences Humaines, 172, juin 2006.

Pour acheter ce livre : Amazon.fr