La collapsologie, définie comme la science de l’effondrement de la société industrielle, prend forme dans les années 2010. Elle se fonde sur trois sortes de données empiriques : celles concernant l’épuisement des matières premières, celles relatives au réchauffement climatique et celles soulignant la détérioration de notre environnement. Elle a rencontré un grand succès éditorial et médiatique. Mais la collapsologie a également suscité de nombreuses réactions négatives. Dans son livre, Les collapsologues et leurs ennemis, Bruno Villalba prend sa défense. Ce professeur de science politique distingue dix critiques, suivant trois grands axes. Le premier concerne les critiques épistémologiques qui remettent en cause la validité scientifique des affirmations des collapsologues. Ils sont ainsi accusés d’exagérer les risques d’effondrement, d’adopter des méthodes contestables et de ne pas être légitimes sur un plan scientifique. Le deuxième axe regroupe des critiques dénonçant une dimension quasi religieuse de la collapsologie. Les collapsologues auraient notamment le tort de se placer dans un registre plus émotionnel qu’analytique et de préférer les postures prophétiques à la froide évaluation des risques. Le troisième axe concerne les critiques d’ordre politique. Par leurs discours fatalistes, les collapsologues seraient démobilisateurs ; par leurs critiques de la modernité, ils révéleraient une pensée réactionnaire ; par la focalisation sur l’environnement, ils négligeraient les questions d’ordre social ; enfin, par l’évocation de l’effondrement de notre société, ils manifesteraient une vision occidentale et anthropocentrée des problèmes de la planète. Or, selon Villalba, ces critiques passent à côté de l’essentiel. Le politologue veut bien reconnaître que les analyses et propositions des collapsologues ne sont pas toujours abouties, mais estime qu’elles sont globalement justes et demandent simplement à être affinées. Quant à leurs ennemis, ils n’auraient pas compris que, au regard de l’actuelle situation planétaire, ce sont leurs approches qui ne seraient plus opérantes.
On peut imaginer que Jean-Paul Oury, auteur de Greta a tué Einstein, que Villalba n’a probablement pas eu le temps de lire avant d’envoyer son manuscrit à l’éditeur, ne sera pas du même avis. En effet, pour ce consultant en nouvelles technologies, la lecture que font les collapsologues de la situation planétaire est avant tout idéologique. Il s’appuie lui aussi sur les analyses des scientifiques, spécialistes du climat ou autres, mais estime qu’elles ne permettent pas de conclure à un effondrement prochain de notre société. Surtout, en dehors du problème des émissions de gaz à effet de serre, elles n’incrimineraient pas, comme l’avancent plus ou moins explicitement les collapsologues, le développement scientifique et technologique. Au contraire, pour Oury, c’est grâce à ce développement que nos conditions de vie se sont considérablement améliorées ces deux derniers siècles et c’est grâce à elles que l’on est le mieux à même d’affronter les difficiles problèmes du réchauffement climatique, de la raréfaction des matières premières et de la dégradation de l’environnement. Or les collapsologues tourneraient le dos à cette aventure technologique et scientifique de l’humanité. En ce sens, Oury estime qu’ils se positionnent contre la science – d’où le titre provocateur de son ouvrage – et mettent la société en danger. Au final, avec ces deux livres, on peut constater que la bataille entre les collapsologues et leurs ennemis fait toujours rage…
Thomas Lepeltier (mars 2021).
Pour acheter Les collapsologues et
leurs ennemis : Amazon.fr
ou Place
des libraires.