De nos jours, face aux problèmes environnementaux, on entend de plus en plus qu’il nous faudrait respecter le vivant et reconnaître que toutes les formes de vie se valent. Un arbre, un tigre, un humain auraient ainsi le même droit à exister. Mais, dans ce livre, le philosophe Francis Wolff critique cette tendance contemporaine à valoriser la vie en tant que telle. Non seulement la vie n’aurait pas de valeur intrinsèque, mais il serait également illusoire de vouloir accorder un respect égal à toutes ses manifestations. De fait, à l’exception des végétaux, tous les êtres vivants se nourrissent d’autres vivants. Comment, dès lors, accorder le même respect à un moustique porteur de la malaria et à l’enfant qu’il s’apprête à piquer ? Il faut éliminer le premier pour protéger le second, comme il nous faut consommer des plantes pour vivre. L’appel à respecter le vivant est donc absurde, conclut à juste titre le philosophe.
Cette critique ne signifie pas, pour autant, que nous n’aurions aucun devoir à l’égard du vivant. Francis Wolff propose en effet de penser nos relations aux autres espèces à travers trois « contrats » : un contrat affectif avec les animaux de compagnie, fondé sur la confiance et l’attachement réciproques ; un contrat domestique avec les animaux d’élevage, reposant sur l’échange de notre protection contre leur chair ; enfin, un contrat écologique avec les espèces sauvages, visant à préserver les équilibres naturels dont dépend notre propre survie. Mais, à la source de ces contrats, Wolff estime qu’il y aurait avant tout un contrat moral d’humanité, fondé sur la reconnaissance que « seule la vie humaine a une valeur absolue ». Pourquoi ? Parce que, selon lui, seuls les humains auraient « la faculté de raisonner avec les autres » humains.
Si la critique que Wolff adresse à l’idée d’attribuer une valeur morale au vivant est justifiée, cet anthropocentrisme – qui le conduit à considérer que « seules comptent les vies humaines » – est toutefois plus discutable. La vie d’un cochon ne compte-t-elle pas, ne serait-ce que pour lui-même ?
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
381, septembre 2025.
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